

La stryge est une créature mythologique fascinante dont l'histoire, complexe et souvent mal interprétée, a traversé les âges. Son nom, d'origine latine et grecque, est passé d'un oiseau de mauvais augure à une figure de sorcière ou de démon, pour finalement devenir une icône de l'art fantastique.
Le mythe de la stryge trouve ses racines dans la Rome et la Grèce antiques. Le terme provient du latin strix et du grec ancien strix, qui désignaient un oiseau de nuit à la chouette, souvent une chouette effraie ou un hibou moyen-duc. Cet oiseau était considéré comme un présage de mort et de malheur.
Le poète romain Ovide, dans ses Fastes, est l'un des premiers à donner une description plus élaborée de la stryge. Il la décrit comme un oiseau nocturne maléfique qui se nourrit du sang et de la chair des nourrissons. Selon Ovide, la stryge était une créature avec des ailes, des pattes d'oiseau et un corps grisâtre, qui émettait un cri perçant. Elle n'était pas un simple animal, mais une créature vampirique ou démoniaque.
Au Moyen Âge, la figure de la stryge a évolué pour se fondre dans les croyances relatives à la sorcellerie. Elle n'était plus seulement un oiseau, mais une forme que les sorcières ou les démons pouvaient prendre pour voler la nuit et causer du tort.
La stryge et la sorcière :
Le mythe médiéval a assimilé la stryge à la sorcière, qui volait la nuit pour assister au sabbat. On pensait que les sorcières pouvaient se transformer en stryges pour attaquer les enfants, leur sucer le sang ou voler leur vie, ce qui donnait un nouveau souffle à la peur des stryges dans le contexte de la chasse aux sorcières.
Le démon nocturne :
La stryge est devenue un nom générique pour un démon de la nuit, une entité qui profitait des ténèbres pour s'attaquer aux plus faibles. On la croyait capable de s'infiltrer dans les maisons pour trouver sa proie.
Aujourd'hui, le terme "stryge" est surtout connu pour désigner la célèbre figure mi-humaine, mi-animal, assise sur l'une des tours de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Cependant, il est important de noter que c'est une appellation moderne et populaire, et non le nom historique de la sculpture.
Une figure architecturale :
Les sculpteurs médiévaux appelaient ces créatures des "gargouilles" (si elles servent à évacuer l'eau) ou des "grotesques" (si elles n'ont qu'une fonction décorative). Le "Stryge" de Notre-Dame est une grotesque.
La popularisation du nom :
Le nom a été popularisé au XIXe siècle par les romantiques, notamment par le photographe Charles Nègre et par l'écrivain Victor Hugo. Ils ont vu dans cette créature au visage torturé et à l'air pensif l'incarnation d'un esprit tourmenté, un gardien de pierre qui incarne l'âme sombre de Paris.
La stryge est un exemple fascinant d'un mythe qui a été réinventé à travers l'histoire, passant d'un démon vampirique à un symbole de l'art et de l'âme humaine.