

L'ogre est une figure terrifiante et récurrente dans les contes populaires et la mythologie. Son histoire est profondément ancrée dans les peurs ancestrales liées au cannibalisme et à la violence. Bien que le terme lui-même soit relativement récent, le concept d'un être monstrueux dévorant des humains, et particulièrement des enfants, est beaucoup plus ancien.
L'étymologie du mot "ogre" est incertaine, mais la théorie la plus répandue le fait dériver du latin Orcus, qui désigne à la fois le dieu des Enfers et l'Enfer lui-même dans la mythologie romaine. Orcus est une divinité de la mort, et cette origine lie l'ogre à la notion de ténèbres et de dévoration.
Les racines de l'ogre se retrouvent dans des mythes bien plus anciens, notamment dans la mythologie grecque :
Cronos :
L'une des figures les plus proches de l'ogre est le Titan Cronos (Saturne chez les Romains), qui dévora ses propres enfants pour éviter qu'ils ne le renversent, comme l'avait prédit une prophétie. Ce mythe de la dévoration paternelle est un archétype puissant de la figure de l'ogre.
Le Cyclope Polyphème :
Dans l'Odyssée d'Homère, le Cyclope Polyphème est un géant cannibale qui dévore les compagnons d'Ulysse. Il incarne la bête brute et sauvage, une figure de l'étranger menaçant.
On retrouve également des figures similaires dans de nombreux folklores du monde, comme le Waghzen de la mythologie berbère. Ces monstres cannibales sont souvent des géants ou des esprits malveillants vivant en marge de la société.
C'est au XVIIe siècle, avec le développement des contes de fées, que la figure de l'ogre s'est popularisée sous la forme qu'on lui connaît aujourd'hui.
Charles Perrault (1697) : Charles Perrault est l'auteur qui a véritablement institutionnalisé l'ogre dans la littérature française avec ses Histoires ou contes du temps passé. Il en fait un personnage récurrent et bien défini, notamment dans :
Le Petit Poucet :
L'ogre est un géant stupide et cruel, qui sent la chair fraîche et vit dans un château luxueux. Le Petit Poucet, grâce à sa ruse, parvient à lui échapper et à lui faire égorge ses propres filles.
Le Chat botté :
L'ogre est ici un magicien capable de se métamorphoser. Le Chat botté le piège en le mettant au défi de se transformer en souris, puis le dévore.
Madame d'Aulnoy :
Contemporaine de Perrault, elle utilise également l'ogre dans ses contes. La figure de l'ogresse, plus rare, apparaît aussi chez elle.
Ces ogres de contes de fées sont des incarnations de la peur enfantine et des menaces réelles ou symboliques. Ils représentent souvent :
La peur du cannibalisme :
Une peur primitive et viscérale.
L'autorité brutale et sans raison :
Les ogres sont souvent décrits comme des personnages puissants et stupides, vaincus par la ruse et l'intelligence de petits héros.
Au-delà des contes, la figure de l'ogre a évolué pour devenir une métaphore ou un surnom.
L'ogre politique :
Napoléon Ier fut surnommé "l'Ogre" par ses détracteurs, en référence à sa soif de pouvoir et à l'énorme coût humain de ses guerres.
L'ogre moderne :
La figure de l'ogre est aussi utilisée pour désigner des tueurs en série d'enfants ou des personnes d'une cruauté monstrueuse. Le personnage de Gilles de Rais, criminel du XVe siècle soupçonné d'avoir tué plusieurs centaines d'enfants, est parfois considéré comme un "ogre" historique.
Aujourd'hui, l'ogre est un archétype littéraire et psychologique puissant, symbolisant la peur de l'autorité violente, de la prédation et de la dévoration. Il continue d'être une source d'inspiration pour la littérature et le cinéma, s'adaptant à de nouvelles peurs et de nouveaux contextes.